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#FemmeFemina: Pauline Burgener, éprise de liberté

Publié le 16 Mai 2017

Article paru dans femina.ch le 16.05.2017

C’est dans son bureau qu’elle nous a donné rendez-vous. Mais lorsqu’on pénètre dans la pièce, au premier étage d’un immeuble cossu de la rue du Midi, à Lausanne, c’est la surprise. Pas d’imposant plan de travail rangé au millimètre, pas de fauteuil en cuir surdimensionné: autour d’une conviviale table en bois, carrée, posée sur un parquet qui craque, quelques chaises confortables. Sur un guéridon, une brassée de tulipes fraîches et des bougies allumées. A voir l’endroit, on imagine très bien Pauline Burgener, docteur en biologie, réfléchissant à ses projets, entourée de son équipe, ou en conversation, via Skype, avec l’un de ses partenaires installé dans un pays de buildings ou de sable. Son nom figure en effet sur une quinzaine de spas à travers le monde, de la Russie aux Etats-Unis, en passant par la Jordanie et Dubaï.

Etre ici ou ailleurs, s’exprimer en arabe, anglais, portugais ou français, peu importe pour cette citoyenne du monde, qui s’est depuis longtemps affranchie de nombre de frontières et de règles convenues. Comme celle qui prescrit de séparer les activités de femmes d’affaires de la vie de mère: «Quand mes enfants étaient petits, nous habitions dans l’appartement au-dessus des bureaux. Il n’était pas rare de voir débarquer l’un de mes trois fils en plein rendez-vous professionnel, confie Pauline Burgener en riant. De toute façon, nous sommes tout à fait capables de faire tout en même temps!»

Un caractère bien trempé

L’ouverture d’esprit et l’ouverture aux autres. Voilà aussi des qualités qui ont permis à Pauline Burgener de réaliser ses rêves. Née au Liban dans les années 1960, entourée d’un papa avocat, d’une maman au foyer, ainsi que d’un frère et d’une sœur, la petite fille au caractère bien trempé connaît une enfance heureuse, entre son quotidien à Beyrouth – surnommée alors la Monaco du Moyen-Orient – et les vacances près des pierres antiques de Byblos: «Nous étions une famille chrétienne, intellectuelle, où l’on parlait arabe aussi bien que français. Même si filles et garçons avaient un accès semblable à l’éducation, le poids de la culture orientale pesait beaucoup. Et moi j’étais déjà éprise de liberté. Je dévorais Sartre et Simone de Beauvoir, des lectures qui renforçaient ce sentiment. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu ouvrir les portes.»

En 1976, en pleine guerre du Liban, la famille quitte le pays pour le Brésil, où le père de famille a des affaires. La jeune Pauline, 12 ans, vit cet exil comme une fracture, un véritable choc. «De langue, d’abord, car nous ne parlions pas du tout le portugais, puis de culture. Rio, à cette époque, était un lieu de liberté absolue. Il a fallu trouver sa place», confie-t-elle de l’émotion dans la voix. A l’ombre du Christ Rédempteur juché au sommet du Corcovado, elle grandit en repoussant toujours les limites imposées. Et cultive une immense complicité avec son père. «J’ai toujours été proche de lui, déjà parce que dans la famille, je suis celle qui lui ressemble le plus physiquement. Je me souviens de grandes conversations que nous avions en nous baladant sur la plage de Copacabana. Je lui disais que si on lisait Beauvoir, on pouvait envisager qu’une femme orientale soit libre. Il me répondait: «Quand tu seras Simone de Beauvoir, tu feras ce que tu voudras…» A cette époque, Pauline trace son chemin, guidée, aussi, par une autre femme, celle qui fait alors rêver toute la planète féminine, la princesse Diana: «De la timide jeune fille à la femme émancipée et sûre de ses choix, son parcours de femme était intéressant. Et démontrait que même au cœur des conventions les plus strictes, c’était possible.»