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La Libanaise exporte la beauté «Swiss made»

Publié le 10 novembre 2015

Article paru dans le 24 Heures le 06.11.2015

Docteur en biologie moléculaire, créatrice de cosmétiques, cheffe d’entreprise et mère de trois fils, Pauline Burgener est tout cela, à tout moment. Entre ces rôles, elle n’a pas voulu choisir. Tout comme entre ses racines orientales et sa vie en Occident. Derrière le patronyme Burgener de son mari, et sous le tailleur noir, apparaît la femme du Levant vêtue de rouge, qui accueille avec une chaleur naturelle.
Combinant tout, elle a tricoté un parcours d’une belle cohérence, après un arrachement douloureux à sa terre natale, à 12 ans. «J’ai quitté le Liban au début de la guerre. Mon père, avocat, faisait des affaires au Brésil. Il nous a emmenés là-bas pour des vacances. Nous y sommes restés huit ans. De cette expérience, j’ai acquis une adaptabilité à beaucoup de choses.»

«J’aime trop le contact avec les autres pour rester dans un laboratoire»

Arrivée en Suisse avec son frère et sa sœur, Pauline rêve d’étudier la médecine: «Comme il était compliqué pour les étrangers d’accéder à cette filière, je me suis engagée dans la voie la plus proche: la biologie.» L’étudiante nourrit déjà l’idée de «faire quelque chose pour la femme» et analyse en détail la façon dont la peau se nourrit et s’oxygène. Un emploi dans la recherche s’avère bientôt peu compatible avec l’arrivée de trois enfants en trois ans. «Et j’aime trop le contact avec les autres pour rester dans un laboratoire.» Pas question toutefois de cesser toute activité professionnelle, «même si ma partie orientale souhaitait tellement que je me consacre uniquement à mes enfants».

Elle reprend alors la clinique de chirurgie esthétique fondée en 1955 à Lausanne par son beau-père, le Dr Marc Burgener, et développe le centre de soins tout en s’occupant, «énormément», de ses fils. «Avec le recul je ne sais pas comment j’ai fait, mais j’encourage les femmes à garder un pied dans le monde du travail, sinon c’est très dur d’y revenir.» Un message qu’elle martèle lorsqu’elle est invitée à parler de son parcours devant divers parterres de femmes, en Suisse ou à l’étranger.

Les locaux historiques de l’institut, à l’avenue du Midi, restent un lieu de création, où Pauline Burgener imagine et réalise le «design» des nouveaux soins, développés ensuite par son équipe de trente collaboratrices réparties entre Lausanne et Beyrouth. Des huit produits créés par le Dr Burgener, la biologiste en a gardé deux. Débarrassés des parabènes, un conservateur aujourd’hui sur la sellette, des colorants et parfums, «ils restent extraordinaires». Elle imagine ensuite un concept de spa urbain. «Les femmes manquent de temps, j’ai donc développé une approche globale avec, sous le même toit, des soins de la peau, des massages, de la diététique et des activités physiques. Les clientes adorent.»

Polyglotte voyageuse

Le verbe revient souvent dans sa bouche pour souligner ses enthousiasmes et ceux des autres. Pauline Burgener parle avec cette indéfinissable musicalité propre aux Libanais qui s’expriment en français. Parfois, une expression semble empruntée à l’une des autres langues qu’elle parle: l’arabe, le brésilien et l’anglais. Mais, en général, les mots sont précis. Car elle aime maîtriser ce qu’elle dit autant que ce qu’elle fait. Son entreprise, son «quatrième bébé», elle l’a ainsi portée en personne dans des hôtels de luxe en Suisse, puis jusqu’à Beyrouth, Dubaï, Moscou ou Saint-Pétersbourg. Le positionnement se veut haut de gamme et exclusif, car la conceptrice a choisi de faire peu mais bien. Fabriqués en Suisse en petite quantité, ses produits allient ingrédients naturels et composants de très haute technologie. Et bientôt des soins «haute couture» pourront être proposés en fonction de chaque peau.

Pour incarner cette ligne, la fondatrice accompagne son équipe dans les spas de la marque à l’étranger, afin de former le personnel local, mais aussi de rencontrer les clientes. «Avoir cet accès à la personne qui est derrière les produits, c’est très rare dans la cosmétique.» Ces fréquents voyages, elle les fait d’autant plus volontiers que ses enfants sont grands, même s’ils habitent à la maison.

Aucun n’a suivi la voie scientifique des parents. «On leur a toujours dit qu’ils feraient ce qu’ils voudraient.» Y compris snowboarder professionnel. Son fils Pat a ainsi été sacré champion de Suisse de half-pipe cette année. Au-delà des choix de vie, le plus important, pour la business­woman, reste la famille. Une valeur qu’elle a transmise à ses fils, «très liés». Et qu’elle cultive aussi avec sa tribu au Liban. Un vrai «clan», selon son mari. Elle file les voir à Byblos chaque six semaines environ. Cette chaleur humaine, elle aimerait la rencontrer davantage en Suisse, et souhaite ainsi être pour ses collaboratrices «comme une seconde famille.» (24 heures)